Philosophie

Il s’agit d’une manœuvre mobilisant des structures caennaises et des artistes en affinités électives autour de la pratique, du « faire ».

Les artistes sortent de leurs ateliers, de leurs studios pour s’inspirer du contexte et inventer in situ, avec une préférence pour les espaces urbains en marge, non considérés et/ou non dédiés.

La ville et ses espaces publics deviennent des lieux où proposer de nouvelles manières de créer, de travailler et de s’exprimer.

En questionnant la place du corps de l’individu dans la façon dont il habite, ressent et pense la ville, les artistes invité.e.s proposeront de fêter la liberté d’expression et de mouvement.

Intrusions, rendez-vous impromptus, campements furtifs, ensemble, nous proposons un archipel de moments posés dans la ville, en invitant des architectes, des musiciens, des graphistes, des chorégraphes et des danseurs, des plasticiens, des urbanistes, des vidéastes, photographes et journalistes.

Tous et toutes seront au travail, en recherche, en répétitions.

Les habitant.e.s pourront rencontrer ces artistes au détour d’une place, dans un parc, devant une école, dans une friche, de sentiers en impasses. Ils, elles seront convié.e.s à partager ces moments et à s’en emparer. Et puis il y aura tou.te.s ce.ux.lles qui découvriront dans leur quotidien ces moments si singuliers, qui ne feront que passer ou qui s’installeront dans nos îlots, véritable havre d’art et de convivialité.

Nous chercherons surtout à déjouer les programmations pour proposer de nouvelles temporalités, de nouvelles possibilités de rencontres dans la ville.

Dans un premier temps, ce projet se déroulera avec un ensemble d’artistes normands dans la communauté d’agglomération de Caen-la-Mer puis nous imaginerons ensuite la possibilité d’une expansion à d’autres territoires normands.

NB : Ces structures culturelles associées accompagneront les artistes dans leurs démarches de création en mettant à leur service leurs compétences complémentaires et leur expertise du territoire. Elles nourriront ainsi leurs propres pratiques de cette expérience en y prenant une part active, inter-agissant entre elles et avec les artistes et architectes qu’elles accueillent.

ACTION

Premier enjeu

Créer une forme d’organisation positive, mettre en place des interactions spécifiques entourant nos différents types d’activités artistiques et culturelles, développer des réseaux de contribution ; la contribution étant un des fondements de la création collective. Questionner la transversalité et l’interdisciplinarité entre les champs artistiques (musique, danse, graphisme, arts visuels), architecturaux et urbanistiques.

Habiter-Rêver-Créer

Avec la Covid-19 et le confinement imposé, nos espaces de vie, nos logements, nos quartiers et leurs espaces publics se sont retrouvés au centre de toutes nos attentions. Nous en avons exploré le moindre recoin, pris la mesure, éprouvé la limite, porté un regard attentif et peut-être critique sur ces espaces quotidiens…

Au fil de ces mois suspendus, la mise en œuvre des mesures sanitaires a donné lieu à de nouvelles pratiques de ces espaces avec le confinement et le périmètre du kilomètre, la généralisation de la distanciation physique, et suscité dans l’urgence des aménagements temporaires des hôpitaux de campagne aux pistes cyclables, adaptation accélérée de nos espaces à ce contexte inédit.

Ensemble, nous proposons d’imaginer et d’ouvrir des possibilités d’actions, d’expérimenter des appropriations nouvelles par les corps, par des interventions artistiques, des productions construites, le temps d’une soirée, d’une journée, d’une heure ou de quelques semaines, afin d’accélérer nos prises de conscience et ainsi l’adaptation de nos espaces aux crises annoncées.

Il s’agit tout d’abord de déterminer des espaces à fort potentiel, sites stratégiques à activer en priorité pour marquer les esprits, et d’y proposer de nouvelles représentations, de susciter l’échange et le partage, de questionner les pratiques actuelles des espaces et ainsi « créer des précédents », comme autant de réponses possibles à l’inattendu, à l’inédit, à l’impensable pourtant annoncé.

Le terrain de jeu ainsi déterminé en concertation avec l’ensemble du collectif, les partenaires artistiques pourront y déployer leurs interventions.

Nous participons à cet élan collectif afin de provoquer les croisements entre différentes pratiques artistiques. Il est temps pour nous de réfléchir à de nouveaux concepts transversaux, de créer un véritable éco-système culturel normand, en mettant au centre de nos pratiques : collaboration, solidarité et interconnaissance sous forme de laboratoires impromptus au sein de la ville.

La ville et son espace public deviennent alors ce terrain de jeu où proposer d’autres manières de créer, de travailler, de diffuser et de s’exprimer.

Nous dessinerons une cartographie, dans laquelle les règles de jeu seront écrites selon des principes de solidarité, de collaboration, de joie, de plaisir, afin de célébrer l’existant.

Ce projet prototype composé de multiples micro-zones autonomes temporaires qui cherche à relier les pratiques est un laboratoire économique de travail artistique qui ferait intrusion dans le quotidien des publics.

Rendre visible l’invisible, en questionnant les rapports entre le dehors et le dedans, ce qui sépare la règle de la marge, le public de l’usager, en apaisant notre regard sur les choses pour mieux participer de leur construction, c’est pour nous une occasion de faire manœuvre en direction de cet « archipel du faire ensemble », capable de donner à la « promesse politique du performatif », chère à Judith Butler, un sens aigu de la fête.